Ce message porte sur la « Lettre à un frère (prêtre) orthodoxe de la part d’un ami moine bénédictin », parue sur l’excellent site du Salon Beige. Et sa réponse par un hiéromoine. Dans cet échange, l’intérêt de œcuménisme est pour moi second, mais il donne des bases de réflexions sur le fonctionnement de l’église romaine, et de possibles réponses au cas ou un pape viendrait à laisser dire n’importe quoi à un synode. 

es deux lettres me font envisager une suite d’une fable de La Fontaine. Imaginons au sujet des deux amis du Monomotapa, un décide d’aller plus loin et bien longtemps après il écrit à celui qui est resté pour lui affirmer que leur division est dommageable. Il lui propose de le rejoindre mais en lui faisant remarquer qu’au pays où il vit il n’y a que des voitures électriques et qu’il ne devra pas venir avec sa voiture diésel. L’autre lui répond : Merci de votre lettre qui est écrite avec la douceur du miel mais me fais la douleur du fer. Votre demande de reformer l’unité de notre amitié semble que vous me trouvez responsable de cette division. A votre demande de déplacement, je trouve plus logique que l’unité se refasse à l’endroit et selon les conditions ou celle-ci a été brisée. J’ai appris aussi que votre mode de vie ayant changé, vous traitez très durement les propres membres de votre famille.

Si au Concile Vatican II les latins ont appelé les orientaux à l’unité, force est de constater que ces derniers n’en sont pas demandeur, et que les blocages viennent surtout des latins. Le cardinal Joseph Ratzinger dans son ouvrage : Les principes de la théologie catholique nous donne les conditions d’une unité :

« Rome ne doit pas exiger de l’Orient, au sujet de la primauté, plus que ce qui a été formulé et vécu durant le premier millénaire. Lorsque le Patriarche Athënagoras, lors de la visite du pape au Phanar, le 25.7.1967, désignait ce pape comme le successeur de Pierre, le premier en honneur d’entre nous, celui qui préside à la charité, on retrouvait dans la bouche de ce grand chef d’Eglise, le contenu essentiel des énoncés du premier millénaire au sujet de la primauté, et Rome ne doit pas exiger davantage. L’union pourrait se réaliser ici sur la base suivante : d’un côté l’Orient renonce à combattre comme hérétique l’évolution réalisée en Occident durant le deuxième millénaire, et accepte l’Église catholique comme légitime et orthodoxe dans la forme qu’elle a prise au cours de cette évolution, et de son côté l’Occident reconnait l’Église d’Orient comme orthodoxe et légitime dans la forme qu’elle a conservée. Bien entendu, un tel acte d’acceptation et de reconnaissance mutuelle dans la catholicité commune jamais perdue n’est pas une affaire facile.

La résolution d’une division ne se fait pas en parlant de ce qui unis comme le fait si admirablement le bénédictin, mais de ce qui divise. Il aurait été pour lui plus opportun de parler des dogmes mariaux et de l’infaillibilité pontificale proclamés aux XIXe et XXe siècle. La force de la proclamation d’un dogme est exprimé par la formule concluant la proclamation du dogme de l’Immaculée conception :

C’est pourquoi, s’il en était, ce qu’à Dieu ne plaise, qui eussent la présomption d’avoir des sentiments contraires à ce que nous venons de définir, qu’ils sachent très clairement qu’ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement, qu’ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l’unité de l’Église, et que, de plus, par le fait même, ils encourent les peines portées par le droit s’ils osent manifester par parole, par écrit ou par quelque signe extérieur, ce qu’ils pensent intérieurement.

Ainsi le moindre haussement de sourcille ne semble pas permis. Si la proclamation du dogme de l’Immaculée conception de Notre Dame ne pose pas de problèmes aux orientaux, car défendu par les pères grecs, mais contesté par des théologiens latins, il en est différemment pour le deuxième dogme mariale. L’Assomption de Notre Dame était célébré liturgiquement par les églises latines, tandis que les grecques le faisaient pour la Dormition, mais un jour, fort du principe : tous ce que tu délira sur terre sera délié au ciel, une décision du pontife romain aurait fait perdre la foi aux grecs schismatiques et leur aurait fermé les portes du ciel pour l’éternité.

La controverse entre le bénédictin et le hiéromoine par son intérêt dépasse l’œcuménisme. Nous sommes à l’aube d’un synode qui pourrait mettre plein de trouble dans l’âme de beaucoup de fidèles des églises latines. J’ai la certitude que tout se passera bien. Mais s’il n’en était pas ainsi, fort du principe que Dieu ne peut ni se tromper, ni nous tromper nous devrions fort de notre foi admettre l’hypothèse qu’à un moment nous nous serions trompés. Et si le synode se passait mal, dès maintenant nous devrions entendre le conseil donner dans la Bible 365 fois : n’ayez pas peur. Evitons de nous poser la question : le pape est-il vraiment pape ? Le pape François est réellement pape. Car en matière d’autorité, exercice vaut légitimité. Si Dieu voudrait que l’église de Rome entre en tourment ce ne serait que pour son bien. Le pontife romain peut être hérétique, nous en avons un cas avec le pape Honorius. L’on a plein de savants théologiens qui donnent des arguments contre. Mais un concile œcuménique, Constantinople III et un pape, Léon II, confirment par des actes solennels cette hérésie. Et il y a le pape Jean IV qui aussi de son coté affirme qu’Honorius Ier n’est pas hérétique. La logique de cette controverse doit nous permettre de dire qu’un pape et un concile œcuménique ne sont pas infaillibles.

Dans notre controverse, l’oriental résume ainsi : la parole d’un homme, Evêque de Rome, doit s’imposer à tous sur tout, au delà de la tradition des Pères. Cela n’est ni conforme à votre tradition, ni à la nôtre. Vous êtes actuellement dans une impasse.

En disant cela il nous questionne sur notre ecclésiologie. Dans le même ouvrage cité plus haut, le cardinal Ratzinger souligne aussi :

L’Eglise d’Occident n’apparaît plus comme un réseau d’églises locales dirigées par des évêques qui dans leur unité collégiale se réfèrent à la communauté des douze apôtres ; elle apparaît comme un monolithe doté d’une organisation centralisée, dans laquelle la conception juridique nouvelle de la « société parfaite » a détruit l’idée antique de la succession dans la communion. (page 217)

Le hiéromoine ne parle pas de problèmes théologiques, ni du filioque, ni de l’infaillibilité pontificale, il compare églises orientales et latines. En Russie de nombres églises sont construites pour accueillir les fidèles toujours plus nombreux, dans les églises latines d’Europe occidentales les églises se vident de fidèles. En Egypte la plupart des monastères refusent des novices par manque de place, chez nous les séminaires se ferment. Pourtant les orientaux sont confrontés aux mêmes problèmes de la modernité que nous. Accuser la sécularisation de la société c’est ignorer que le principal besoin de tous homme se trouve dans la religion. Si à un endroit ou un temps des chrétiens n’attirent plus leurs contemporain s’est qu’ils ont cessé d’être la lumière du monde et le sel de la terre, et méritent donc d’être foulé au pied. Ils doivent donc se remettre en cause. Les églises latines d’Europe occidentales sont victimes de l’argent facile. Dans la société nous pouvons parler des bulles immobilières et financière, pour les églises latines c’est la bulle spirituelle. Les lois de la nature font en sorte d’éliminer les structures qui n’apportent rien à leur environnement. Mais nos structures ecclésiales à défaut de richesse spirituelles, pour leur plus grand malheur possèdent un important réseau de biens immobiliers obtenu par le travail de leurs anciens qu’ils honnissent.

Comme de tout temps ce qui préoccupe le plus un individus défavorisé c’est la souffrance de son âme, ce que l’on appelle aujourd’hui les problèmes psychologiques. Les églises latines d’Europe actuellement ne s’intéressent qu’aux privilégiés. Ce qui n’ont pas l’attrait de la sensualité, de l’argent ou du pouvoir y sont invisibles. Le jeune homme de 25 ans qui est présent à la paroisse depuis une semaine, par attrait sensuel, sera plus objet attention que la pieuse dame de 60 ans. Cette dame si elle membre de la chorale et mère de famille nombreuse ou maire d’une petite commune, par attrait du pouvoir, ou avocat, par attrait de l’argent sera plus objet d’attention que si elle est la fleuriste de l’église issue de classe socioprofessionnel moyenne. La blessure de cette fleuriste sera encore plus grande lorsqu’elle entendra parler au sermon d’accueil, de charité, de solidarité. De jeunes catholiques, des riches ou des gens de pouvoir fustigeront mes propos en affirmant qu’ils se trouvent très bien dans l’église. Mais force est de constater que pour les petits, ceux-ci vous diront trouver plus de fraternité à la terrasse d’un café autour d’une bière que dans une paroisse catholique.

L’église de Rome devant présider à la charité semble avoir oublié temporairement sa mission. Dans le combat des deux étendards elle est l’institution la plus attaquée par l’antique dragon. La crise de l’Eglise est ancienne, elle date du dialogue avec le serpent. Le meurtre du juste Abel est un problème liturgique. L’acte de félonie du pape Léon III en couronnant par surprise Charlemagne va briser l’unité des latins et des grecs. La controverse des cisterciens contre les clunisiens va provoquer un changement de paradigme dans la pensée de l’élite latine, la spiritualité va primer sur la pietas dans le sens sociologique et antique du terme. La réforme liturgique du XXe siècle spolia la plèbe des églises latines de la piétas.

Je le répète la crise de l’église romaine est à voir en relation du combat des deux étendards. Pour le serpent, c’est l’institution à détruire. Pour spolier un peuple de sa piétas il a fallut modifier le fonctionnement des église latines. Aucun dictateur ne pourrait changer radicalement la piétas des musulmans, par exemple en faisant faire leur prière en turc. Un patriarche de Constantinople ne pourrait faire de même avec la liturgie byzantine.

Au XVIe siècle est institué le tyranisme épiscopal, en 1516 est signé à Rome le concordat de Bologne qui va donner au roi de France le droit de nommer les évêques. Même le Parlement de Paris oppose au roi la tradition qui veut que chaque église puisse élire son pasteur. A la fin de ce siècle, le tyranisme épiscopal va supprimer le clergé mineur séculier. En Normandie jusqu’à un tiers des garçons étaient tonsurés. Ce clergé comme la tribu de Lévi servait dans le siècle à soutenir les prêtres et les œuvres de l’Eglises. Au XVIIe siècle le tyranisme épiscopal va supprimer les prêtres plébéiens. Des diocèses en comptaient parfois plusieurs milliers. Cela ne suffisait pas aux épiscopes de ne laisser, sauf exception, le sacerdoce qu’aux individus des classes socioprofessionnelles supérieures, il fallait aussi asservir les futurs prêtres. Ainsi l’école française de spiritualité instituât les séminaires, en milieu fermé de formation des ordinants. Nous arrivons à la fin du XVIIIe siècle pour voir la piétas ôtée de son élément de culte au prince. A l’antique canon de la messe après le oremus pro papa nostro N, et pro antistite nostro N, est supprimé le et pro regno N. Les slavons firent de même à la chute du tsars, et ont remplacé la formule par des prières pour le pays. Mais les coptes continuent encore de nos jours dans leur messe à prier pour le chef de l’état.

Au XIXe siècle le concordat de Napoléon donne aux évêchés le même fonctionnement qu’une administration presque claqué sur la préfecture. Les clercs agissent comme des fonctionnaires, attitude qu’ils garderont même après la rupture du concordat. Le tyranisme épiscopal se renforce, fort des décisions du Conseil d’Etat, les évêques vont imposer à leurs prêtres non conformes des mutations non désirées. Par contre, alors que Napoléon espérait que le concordat allait renforcer le gallicanisme, un effet contraire se produit, l’épiscopat français si longtemps jaloux de ses liberté par rapport à Rome, devient presque unanimement ultramontain.

Au XXe siècle le très saint pape Pie X va modifier les antiques règles du carême et du jeûne, et surtout imposer le code de droit canon. Ainsi les sujets des églises latines ne deviennent plus objet de droit mais peuvent devenir objet de caprices et d’abus de leurs supérieurs.

Au XXIe siècle, le droit ayant été chassé des institutions ecclésiales, il ne reste au tyranisme épiscopal, pour récompenser ou punir ses prêtres que le jeu des chaises musicales. Eux qui avaient imposer aux prêtres la cruelle inamovibilité contrainte, s’en trouvent victimes. A 75 ans ils sont dans l’obligation d’arrêter leur vie sociale, et vivre parmi ceux qu’ils avaient tyrannisaient. Ils se sentent tous sur un siège éjectable, ils estiment que dans les conditions actuelles, si un synode professait ce qu’ils ne croient pas, ils ne pourraient rien dire. A cela je pense qu’ils ont tord. Si Sa Sainteté le pape François venant à laisser dire n’importe quoi à des pères synodaux, il laissera des évêques leur répondre. Si une congrégation romaine venait à les muter, et que ceux-ci refusent de quitter leur troupeau, le pape laissera faire.

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Frère Jérôme

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